Tous les arabes ne se prénomment pas Mohamed

CONTRIBUTION DE SYLVIE VASSALLO

Lors de la séance d’installation du Conseil Municipal, vendredi 4 avril, Alain Audoubert a interrompu Jacques Perreux, se plaignant d’avoir été traité d’islamophobe et de Mohamed ????, jusqu’à ce quelqu’un lui souffle le nom de du dictateur qu’il cherchait : Ben Ali. Outre, Monsieur le Maire, le fait que tous les arabes ne s’appellent pas Mohamed, pour exemple, Ben Ali se prénomme Zine el-Abidine, lui, pour que le débat ait lieu, il aurait fallu être précis sur les faits et les ressituer dans leur contexte. Ainsi, la référence à Ben Ali se trouve dans un article de Libération sur la campagne électorale à Vitry. On pouvait y lire :  « A.Audoubert est seulement maire depuis 1995, précise Thierry Barre, responsable de la section du PCF. Avec Djamel, son camarade, ils sillonnent Vitry en Clio pour coller partout l’affiche du maire sur fond vert (…). Et de recouvrir celle de Perreux :  » on tient les murs, il faut qu’il n’y ait qu’un seul message »  » On se croirait en Tunisie, il y a Ben Ali partout, rigole Rached Tombari. De même pour pour la seconde « citation ». Elle n’est pas exacte non plus, du moins si ce qui est incriminé est un tract distribué par deux militants de la Fabrique qui parlait en fait de climat d’islamophobie.Ces remarques peuvent paraitre de forme. Elles ne le sont pas, à mon avis, car elles viennent montrer combien il faut être attentifs aux contextes et aux mots pour ne pas envenimer un débat qui mérite d’être traité sur le fond.

À cet égard, je souhaite revenir sur ce fameux tract qui a suscité des questions, des désaccords, des colères parfois. Le contexte d’abord, cela a été dit, écrit aussi par les deux signataires Khaled Ben Mohamed et Mohamed El Abed, ce n’est pas un tract de la Fabrique et de la liste Vitry en Mieux, et ils l’ont clairement dit. Pour autant, ils en sont membres et c’est vrai, de ce fait, leur propos peut être compris comme engageant la Fabrique dans son ensemble. Ce point a fait débat entre nous, plusieurs membres de la Fabrique ont tenu à dire, parfois fortement leur désaccord. Mais au-delà pourquoi le contenu de ce tract déchaine-t-il autant de débat et de passion ? C’est sans doute que les questions posées méritent qu’on s’y arrête sérieusement.
Avant de m’y risquer, je crois nécessaire de reconnaître que certaines formulations maladroites ou pas suffisamment nuancées sont dommageables,  car certains se sont sentis directement visés, le personnel communal notamment et ce n’était pas l’intention. Pour autant, faut-il renvoyer aux communautarisme et éviter de débattre des questions posées ?

Les appels au vote :
Il me semble d’abord important de réfléchir au contexte. Le vendredi précédent, lors de la prière, l’Iman, en présence d’un maire adjoint, a appelé les musulmans de Vitry  à voter pour la liste conduite par Alain Audoubert, notamment parce que la ville venait d’octroyer à la Mosquée, le droit d’occuper un espace supplémentaire. Pour ma part, je regrette qu’il y ait eu un appel direct et ciblé aux musulmans de voter pour notre liste. Je crois que chacun est en capacité de réfléchir et choisir son vote en toute intelligence, d’une part et d’autre part les raisons de telle ou telle personne de voter dépassent des questions liées aux engagements religieux. Un ou une musulmane avait également intérêt à voter Vitry en Mieux pour notre position sur les tarifs sociaux de cantine, ou la qualité de la démocratie participative que sur d’autres points. Mais, attention à ne pas reprocher aux uns ceux que d’autres ont fait, certes de façon plus « subtile » ou moins visible.

Les faits :
En plus de l’agrandissement de la mosquée, je reviendrais sur trois sujets abordés dans ce tract : l’accès aux installations sportives, le choix de repas sans viande à la cantine, la dégradation du carré musulman. Pour moi, aucune ne concernent les seuls musulmans. Elles ne sont ni des questions communautaires, ni des questions religieuses. Elles concernent notre vivre ensemble et doivent à ce titre d’être débattues dans l’espace public.

Le collège musulman a eu accès aux installations sportives municipales, puis ce droit leur a été retiré. Aux questions posées par Khaled Ben Mohamed, au nom de notre groupe au Conseil Municipal, sur les raisons de cette évolution, des réponses diverses ont été apportées :  » le collège n’est pas agréé ». Ce qui est vrai mais c’était déjà le cas auparavant. « L’emploi du temps ne le permet pas ». Ce qui n’a jamais été prouvé. Nous n’avons jamais réussi à obtenir de consulter les grilles d’occupation des installations sportives.
Quelles sont réellement les raisons de ce refus ? Cela mérite d’en discuter en toute transparence plutôt que de fantasmer. On peut être ou ne pas être en accord avec le fait que des jeunes filles qui portent le voile entrent dans des gymnases ou fassent du foot…alors parlons en. Écoutons les arguments des uns, les ressentis des autres. Et je suis certaine que si notre point d’accord commun est que les filles ont le droit de faire du sport, on pourra certainement trouver une solution qui parte de ce droit pour voir comment le mettre en pratique dans l’intérêt et le respect de tous.

Le choix des repas avec ou sans viande. À Vitry comme ailleurs, on voit bien que le fait que ce point ne soit pas éclairci pose problème. Car il peut arriver que des enfants qui ne souhaitent pas manger de viande se sentent mal à l’aise à table. C’est vrai, des parents, et souvent ce sont des mamans, enlèvent leurs enfants de la cantine, c’est vrai beaucoup de viande est gâchée. Que cela soit clair, dans nos propositions, il n’a pas été question d’introduire de l’alimentation halal, mais d’introduire progressivement, pour que cela soit faisable dans l’organisation du service, des repas avec ou sans viande afin que les repas restent équilibrés. Ce principe permettrait de respecter des positions philosophiques, écologiques et religieuses.  Comment en être venus à une telle proposition ? en partant de notre point commun : que le plus grand nombre d’enfants de notre ville puissent manger à la cantine et s’y sentir à l’aise, qu’il y ait moins de gâchis. Le fait que ce choix soit organisé dans et par le service public, est garant tous les enfants puissent manger à table ensemble, sans distinction de choix des uns et des autres. N’est pas aussi une façon de lutter contre les communautarisme ? A l’inverse, le fait que de tels débats n’aient pas lieu, n’incite-t-il pas aux méfiances, aux préjugés, aux divisions ?

La dégradation du carré musulman. Disons le clairement, personne ne doute pas de la bonne intention des services de la ville de réparer les tombes au mieux et au plus vite pour le respect des familles. Cependant il y a bien eu une polémique sur l’ampleur de cette dégradation. Les rapports de police cités par la préfecture s’alertaient de l’ampleur de cette dégradation, tandis que d’autres minimisaient son importance et l’effet traumatique pour une communauté.

Le contexte :
Pour finir, j’en reviens au contexte. Peut être nous faut-il reconnaître, comme vient de le faire un récent rapport sur le racisme qu’aujourd’hui les actes racistes qui progressent le plus concernent les population Roms, et les musulmans. Elles concernent ce ce fait avec urgence toute notre communauté humaine. Pourquoi ne pas en débattre sereinement ? Pourquoi ne pas essayer ensemble de se comprendre ? pourquoi ne pas essayer de rapprocher nos points de vue ? Qu’avons-nous à reprocher à la religion musulmane qui nous empêche de débattre tranquillement ? Comme nous l’avons fait durant toute la campagne électorale, je ne doute pas que la Fabrique Vitry en Mieux soit le lieu d’une confrontation responsable, ouverte pour s’entendre, se comprendre et avancer ensemble, bien au delà des promesses électorales.

En lien un article de Libération islam, une-religion anormalement normale

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